Qu’est-ce que l’impulsivité?

L’impulsivité peut se définir comme une prédisposition à réagir de façon rapide et non planifiée aux stimulations internes et externes, et cela sans égards aux conséquences de ces réactions pour l’individu et son environnement social. Lorsque les conséquences sont négatives, on dit de l’impulsivité qu’elle est dysfonctionnelle.

L’impulsivité peut affecter plusieurs catégories de personnes, tant les gens de la population générale que ceux qui souffrent d’un problème de santé mentale ou encore les individus qui ont subi une blessure cérébrale suite à un traumatisme cranio-cérébral.

Les conduites impulsives peuvent prendre plusieurs formes d’expression allant d’une simple difficulté à attendre son tour de parole jusqu’aux comportements pouvant causer des blessures corporelles.

L’impulsivité peut être causée par une prédisposition biologique, des difficultés cognitives et certains éléments de la personnalité. Ces trois catégories de causes peuvent interagir et s’inter-influencer dans la production des désordres et comportements impulsifs. Le LNP tente de mieux comprendre ces influences réciproques entre les causes des comportements et désordres impulsifs.

Pourquoi s’intéresser aux inter-influences causales de l’impulsivité?

De manière traditionnelle, la recherche sur l’impulsivité est menée à partir d’une seule perspective théorique et empirique. Les études biologiques s’intéressent au tempérament qui prédispose une personne à réagir de manière impulsive. Pour leur part, les études neuropsychologiques tentent d’identifier les difficultés cognitives associées à l’impulsivité. Enfin, les études sur la personnalité visent à comprendre comment la façon habituelle des gens de percevoir et d’interpréter leur réalité peut les conduire à poser des gestes impulsifs.

Les études menées au LNP démontrent que toutes ces causes peuvent s’inter-influencer dans la production des conduites associées à certaines dimensions de l’impulsivité. C’est pourquoi il importe de développer des modèles intégratifs de l’impulsivité de manière à rendre compte de sa complexité et de guider le développement de stratégies de prévention et d’intervention efficaces.

Les travaux du LNP s’orientent principalement autour du trait urgence de l’impulsivité car celui-ci se situe au carrefour des trois catégories causales de l’impulsivité.

Qu’est-ce que le trait urgence de l’impulsivité et quelles en sont les causes?

Le trait urgence de l’impulsivité se définie comme étant la prédisposition à agir de manière impulsive en contexte d’émotions positives ou négatives intenses. Ce trait est associé à plusieurs comportements inadaptés et désordres de santé mentale.

Sur le plan biologique, l’urgence serait une prédisposition à réagir intensément au niveau émotionnel (émotions négatives et positives) et à réguler et contrôler pauvrement l’action faisant partie du tempérament de la personne. Au cours du développement de l’enfant, cette prédisposition serait influencée par ses propres apprentissages de stratégies de régulation de l’affect, lesquelles pouvant être plus ou moins adaptées.

Sur le plan cognitif, l’urgence serait associée à des difficultés des fonctions exécutives c’est-à-dire les processus cognitifs de niveau supérieur qui interviennent dans l’autorégulation du comportement et des émotions et qui aident l’individu à organiser et diriger son comportement vers un but.

Sur le plan de la personnalité, l’urgence serait associée à certains éléments structuraux et dynamiques de la personnalité. Ces éléments sont conçus de manière différente selon la perspective théorique.

Qu’est-ce que la personnalité et quelles sont ses éléments structuraux et dynamiques?

La personnalité peut se définir comme l’organisation dynamique des caractéristiques importantes, stables et cohérentes à l’intérieur de la personne, celles qui exercent une forte influence sur le comportement. Les aspects de la personnalité peuvent être observables ou non observables, conscients ou inconscients. C’est l’unité et la stabilité de ces caractéristiques qui constituent l’individualité de chacun.

Les éléments structuraux de la personnalité réfèrent aux aspects les plus stables et durables de la personnalité et en forment les unités de base. Par exemple, selon le modèle des cinq grands facteurs de la personnalité (Névrotisme, Extraversion, Ouverture aux expériences, Agréabilité, Conscience), la personnalité serait composée de traits qui caractérisent une personne de manière stable à travers le temps et les événements. De la même manière, il existe des traits impulsifs de la personnalité dont le trait urgence.

Les éléments dynamiques de la personnalité réfèrent aux aspects motivationnels et aux mécanismes qui permettent aux différentes unités de la personnalité d’interagir pour former un tout intégré. On y retrouve des processus cognitifs, des désirs et des émotions pouvant être conscients ou inconscients, qui varient de manière dynamiques, qui changent au cours d’une période brève ou encore qui peuvent entrer en conflit les uns avec les autres.

La conception des éléments structuraux et dynamiques de la personnalité diffèrent selon la perspective théorique. Le LNP fait appel à trois cadres théoriques pour étudier l’impulsivité : le modèle par traits, le modèle des relations d’objet et le modèle de la thérapie cognitive comportementale.

Quels sont les modèles de la personnalité qui s’intéressent à l’impulsivité?

Concernant les éléments structuraux de la personnalité, le modèle des relations d’objet mis l’accent sur les représentations de soi et des autres, ainsi que de leur relation organisée autour des affects et des motivations de l’individu. Le modèle de la thérapie cognitive comportementale conçoit l’existence de schémas cognitifs ou de croyances fondamentales à propos de soi, du monde et du futur. Malgré leur différence, ces deux modèles théoriques s’accordent pour dire que ces structures de la personnalité, lorsqu’elles sont immatures ou dysfonctionnelles, peuvent conduire à une interprétation erronée des événements extérieurs, du concept de soi et des autres et interférer avec la régulation du comportement et des relations interpersonnelles.

Concernant les éléments dynamiques de la personnalité, le modèle des relations d’objet s’intéresse aux affects positifs et négatifs, aux motivations de la libido et de l’agressivité, ainsi qu’aux mécanismes de défense c’est-à-dire les mécanismes conscients et inconscients permettant à l’individu de se protéger contre certaines motivations ou représentations pouvant causer de l’angoisse. Un des mécanismes centraux selon ce modèle est le clivage qui sépare activement les représentations de soi et des autres en valence positive et négative.

Quant à lui, le modèle de la thérapie cognitive et comportementale s’intéresse aux distorsions cognitives c’est-à-dire les erreurs de logique ou les interprétations erronées de la réalité découlant de processus cognitifs guidés par des schémas cognitifs ou croyances fondamentales dysfonctionnelles (p. ex., je suis faible, je suis inférieur, je ne suis pas capable de rien faire correctement). Les distorsions cognitives prennent plusieurs formes dont les inférences arbitraires (tirer des conclusions sans preuves) et les sur-généralisations (généraliser à toutes les situations possibles à partir d’une expérience unique).

Enfin, il existe plusieurs modèles par traits pour définir l’impulsivité. Le modèle de Barratt et collaborateurs identifie trois sous-composantes de l’impulsivité :

  • L’impulsivité motrice référant à la tendance à agir sur le coup du moment et avoir un style de vie incohérent;
  • L’impulsivité non planifiée se définissant par un manque de planification, d’anticipation ou d’orientation vers le futur et la tendance à ne pas aimer les tâches exigeantes sur le plan intellectuelle
  • L’impulsivité cognitive qui se caractérise par une difficulté à se centrer sur la tâche en cours, des intrusions de pensée/fuite des idées et des prises de décision rapide.

Pour sa part, le modèle UPPS de Whiteside et Lynam s’inscrivant dans le cadre théorique du modèle des cinq grands facteurs de la personnalité identifie quatre dimensions de l’impulsivité :

  • L’urgence négative ou positive qui réfère à la tendance à vivre des impulsions fortes en contexte d’affects intenses (négatifs ou positifs);
  • Le manque de préméditation, soit la tendance à s’engager dans l’action sans réfléchir à ses conséquences;
  • Le manque de persévérance c’est-à-dire la difficulté à demeurer centré sur une tâche ennuyante ou difficile
  • La recherche de sensations référant à la tendance à aimer et à poursuivre des activités excitantes ainsi qu’à l’ouverture envers de nouvelles expériences qui peuvent être ou non dangereuses.

Contrairement au modèle de Barratt qui ne comprend aucune sous-composante pouvant rendre compte de la dimension affective de l’impulsivité, le modèle UPPS permet de mesurer celle-ci à travers les affects négatifs et positifs.

Qu’est-ce que la neuropsychologie et les fonctions exécutives ?

La neuropsychologie est la discipline scientifique de la psychologie cognitive qui étudie les fonctions mentales supérieures dans leurs rapports avec les structures cérébrales à l’aide de diverses méthodes d’investigation comme les études sur les patients avec lésions cérébrales et les études d’imagerie cérébrale.

Parmi ces fonctions mentales, on retrouve les fonctions exécutives qui réfèrent aux habiletés cognitives de niveau supérieur pour réguler de manière adaptative les comportements dirigés vers un but. Ces fonctions sont principalement sous-tendues par le cortex préfrontal du cerveau et sont composées de plusieurs processus inter-reliés formant trois composantes principales :

  • La flexibilité c’est-à-dire la capacité à déplacer son attention entre des tâches ou des opérations mentales;
  • La mise à jour de l’information en mémoire de travail c’est-à-dire la capacité à suivre et à maintenir les informations nouvelles et pertinentes en mémoire à court terme;
  • L’inhibition de la réponse dominante qui renvoie à la capacité de supprimer (interrompre ou reporter) une réponse automatique ou dominante.